Xavier Hool : LOOHX /////  

"Le Courrier"
Paru le Samedi 11 Juillet 2009

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Xavier HOOL - Maître ès plastique
par ANTOINETTE RYCHNER


SCÉNOGRAPHIE

Pour la seconde fois, l'artiste propose une contribution aux «Jardins extraordinaires», exposition d'art paysager du site Evologia, à Cernier (NE).
Cellule spatio-temporelle, chrysalide ou capsule sous-marine à la Jules Verne? L'étrange «bulle» qui vient de perler en plein coeur du Val-de-Ruz, dans le canton de Neuchâtel, a de quoi interpeller le visiteur. Assis à la Terrassiette, confortable plateforme de bois s'ouvrant sur les champs où progresse un tracteur, Xavier Hool revendique avec fierté la paternité de cette oeuvre qui semble avoir trouvé son juste paysage...
«Les Jardins extraordinaires représentent un véritable terreau de laboratoire, offrant une grande liberté de création et une dynamique de travail qui poussent à tout donner» témoigne le scénographe-plasticien à propos du cadre dans lequel est née sa production. La manifestation constitue – avec les festivals «Poésie en arrosoir» et les «Jardins musicaux» – un des rendez-vous culturels d'exception à Evologia, Cernier, site dédié à la nature sous toutes ses formes, comprenant une école d'agriculture, un centre de mycologie et une grange aux spectacles.

Question de maturité

En 2008 déjà, Xavier Hool était invité par le festival à édifier un nuage de quinze mètres de long, au squelette métallique entièrement enrobé de feuilles transparentes fondues selon la technique développée par l'artiste. «Je n'avais jamais eu la chance de travailler en plein air. Pour moi, c'était aussi une première expérience de collaboration. Bien sûr, au théâtre, on évolue en équipe. Mais le décor me revient, à moi seul. Le nuage, c'était l'occasion d'apprendre à co-imaginer, co-réaliser avec un autre plasticien, sans le tenir pour concurrent. Peut-être une question de maturité.» Echange de regard complice avec Roger Hofstetter, horticulteur paysagiste responsable des espaces verts d'Evologia, qui avait «végétalisé» le nuage, finalement intitulé Serre-volante.
En charge de la conception et de la direction artistique des «Jardins extraordinaires», Roger Hofstetter s'explique: «Chaque année, plusieurs artistes se voient dédié un espace. J'initie des projets, mais c'est aux invités de les investir librement. Le programme prévoit aussi que des personnes en réinsertion socio-professionnelle soient associées à la réalisation. Cet été, outre Xavier, ce sont un compositeur/installateur sonore, deux couturières, deux horticulteurs et une peintre/poète qui sont réunis autour du thème de l'eau et des fibres naturelles, sous le titre d'Aquafibres.» A voir entre autres, de véritables rivières de laine ainsi que d'impressionnants «Yuki-Azuri», c'est-à-dire des faisceaux de filins inspirés des structures japonaises de tuteurage.

Chez Landi

Dans ce contexte, qu'en est-il du plastique, le matériau de prédilection de Xavier Hool? Lorsqu'on lui pose la question, l'inventeur sourit, conscient de l'apparente contradiction entre nature et plastique. Avant tout, c'est le rapport à la fonte qui émerveille le praticien; «Lorsque le plastique chauffe, se tend, se rétracte, lorsque je le dirige ou qu'au contraire il suit son propre chemin, c'est indescriptible! Aux personnes qui m'aident, je dis toujours: 'Laisse le plastique te guider.'» Il ajoute: «Mes rouleaux, je les achète chez Landi, le magasin-grossiste où se fournissent les paysans. On trouve des bâches de protection dans beaucoup de champs cultivés. Mon art, c'est d'utiliser ces matières autrement.»
Le résultat quant à lui relève indéniablement de l'organique; surfaces crêtées, trouées, plissements ramifiés, images de réseau sanguin à fleur de membrane ou coulées de lave saisies, un zoom sur la peau des oeuvres séduira autant que l'équilibre de leurs silhouettes admirées à distance.
Lorsqu'il évoque ses recherches, Xavier Hool s'emballe, s'auto interroge, cherche la vérité de ses fascinations. Il s'empare volontiers du stylo pour s'exprimer en tangentes, tracer des lignes et y inscrire un objet compris dans leurs intersections. «Il faut penser aux creux, à la place occupée par le plein dans un volume. Elancer le trait, imaginer la continuité dans l'espace, préciser les arêtes. C'est comme en gravure; les mouvements ne doivent pas être mous, sinon, ça se verra au moment de l'impression.».

Robes en plastique

La gravure, pour Xavier Hool, c'est ce par quoi tout a commencé. Après une formation de graphiste à la Chaux-de-Fonds, le jeune féru de linogravure monte à Bruxelles. Là-bas, il entrera à la CAMBRE, Ecole nationale supérieure des arts visuels. Une de ses gravures est vue par Véronique Ruggia, qui lui propose de collaborer à son prochain spectacle, pour lequel il produit cinq robes en plastique de deux mètres de haut. C'est à ce moment-là qu'il rencontre Ibrahim Quraishi. «Rassembleur, positivement mégalomane, très inspirant», c'est en ces termes que le scénographe décrit le directeur américain d'origine pakistanaise de Faim de siècle, une compagnie métissée qui lui ouvrira un champ d'exploration inouïe. De Paris à New York, de Mannheim à Sarajevo, les créations d'envergure internationale s'enchaînent.
En 2006 pourtant, Xavier Hool est confronté à une décision importante: devenu père de famille, il prend le parti de se concentrer sur des mandats de proximité. Un choix dont il lui est arrivé de redouter qu'il ne limite son horizon artistique. «Mais avec le recul, je ne regrette pas ma décision car ici aussi, j'ai fait des rencontres essentielles; notamment avec Simone Audemars, pour qui j'ai élaboré la scénographie de l'Opéra Renart, ou encore avec Roger Hofstetter, dans l'essor créateur des «Jardins extraordinaires.»


Note : A voir jusqu'au 21 septembre aux «Jardins extraordinaires» de Cernier (NE), Aquafibres, de Xavier Hool et Roger Hofstetter, ouvert 7/7 jours, 24/24 heures, entrée libre, http://www.evologia.ch/